Musique : “Le talent seul ne suffit pas” , dixit l’artiste Eldji

 

De son vrai Yossi Abdoulaye, il a été découvert par les mélomanes lors de son passage à “Faso Academy“ . Après, il collabore en duo avec un autre jeune dont ils sortiront un album en 2009 et un autre en 2012. En 2014, il décide d’un commun accord avec son partenaire d’évoluer en solo. Enfin, il sort son album en 2017 et remporte le prix du meilleur album de la région des Hauts-Bassins. Eldji, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avons reçu ce fils du Parolier, l’enfant incontournable de Bobo-Dioulasso dans les locaux de votre quotidien en ligne “Faso-Actu.net” .

Faso-Actu (FA) : Qui est Eldji ?

Eldji (El) : Eldji, c’est Yossi Abdoulaye à l’état civil. Artiste musicien, auteur compositeur.

FA : Vous avez combien d’albums à votre actif ?

El : J’ai trois albums à mon actif. Deux en duo et un en solo.

FA : On se souvient que vous formiez un groupe avec un collaborateur. Depuis quand avez-vous décidé d’évoluer en solo ?

El : Il faut d’abord dire que le premier album date de 2009 après notre participation à “Faso Academy“. Cet album a été meilleure révélation des Kundé en 2010. En 2012, nous avons sorti le deuxième album avec lequel nous avons pu faire des voyages en Afrique et en Europe. C’est en 2014 après des voyages, qu’on a décidé d’un commun accord pour évoluer en solo. Personnellement, mon premier album en solo, je l’ai lancé le 14 février 2017.

FA : Quelle est votre actualité ?

El : Quand j’ai lancé mon album en 2017, je n’ai pas assez fait sa promotion surtout à la capitale. En 2017, mon album a remporté le prix du meilleur album de l’année à Bobo-Dioulasso. C’était l’édition 2017 du “Bogololo“ qui choisit le meilleur album de la région. Donc j’ai eu des contrats qui ne m’ont pas permis de faire la promo de l’album car j’étais concentré sur ces projets d’une ONG qui faisait des campagnes de sensibilisation sur l’autonomisation de la femme et des cent (100) minutes pour convaincre. J’étais tellement coincé que je n’ai pas eu l’occasion de présenter l’album à la capitale. Cette fois-ci, on est venu pour sillonner dans les médias afin de mieux faire connaitre l’album. Mais je précise que c’est l’occasion pour nous de présenter aussi nos cinq (05) singles, comme la dernière chanson intitulée “Dembé“ qui parle de la dignité.

FA : Quels sont les sujets que vous abordez dans vos chansons ?

El : Dans mes chansons, j’aborde les thèmes sociaux, je parle de la conscientisation, je chante l’amour et la paix. Tellement de thématiques que j’aborde car il y en a tellement qu’on ne peut pas manquer d’inspiration.

FA : Parlons de votre style musical

El : Moi, je suis dans la world music, la musique du monde. C’est une musique qui passe partout. Du coup, c’est dans la world music qu’on trouve du tout car elle est universelle.

FA : Et c’est une musique qui est aimée ?

El : Oui, elle est aimée par les connaisseurs. On a un problème avec la musique car elle a changé de tendance, quand tu fais la rétrospective. Il y a 15 ans de cela dans les radios et télé, il était difficile de faire une émission avec uniquement que de la musique burkinabè. Mais aujourd’hui, c’est possible. Ils peuvent même faire 24h à ne jouer que la musique burkinabè. Ça veut dire que ç’a évolué et en même temps, ç’a changé de direction. Aujourd’hui, la musique live a du mal à s’imposer. Les gens veulent les musiques qui font danser même s’il n’y a pas du contenu. Mais nous, on est resté dans les anciennes choses mais en même temps, on essaie de s’adapter. Aujourd’hui, c’est l’Afro Trap mais moi, je m’adapte à tout, en fait. C’est pour, en quelque sorte, dire que ma musique est aimée par les connaisseurs.

FA : Comment appréciez-vous le milieu du showbiz burkinabè ?

El : C’est pas mal, mais le Burkina Faso est un pays qui est un peu en retard par rapport aux autres. Moi, j’ai beaucoup voyagé, j’ai pu constater les réalités. Là-bas, ils s’investissent plus dans la culture, en particulier la musique. Mais chez nous, ce n’est pas le cas. Nous avons des difficultés à exporter la musique burkinabè. Les gens n’ont pas encore compris que la musique est un travail comme tout autre. Il y a d’autres qui pensent que la musique c’est pour les ratés. Et pourtant, quand elle est bien structurée et bien organisée, ça peut faire des retombées. Aujourd’hui, on ne peut pas s’en passer des artistes. La preuve est que les politiciens les invitent à leur meeting. Mais le problème est que ces mêmes politiciens ne s’investissent pas dans la musique. Les gens sont forts pour te féliciter mais ne font rien de concret pour te soutenir. Du coup, je profite de cette question pour demander à ceux qui ont les moyens d’aider les musiciens qui n’ont pas les moyens. Aujourd’hui, le talent seul ne suffit pas. Si tu as le talent et que tu n’as pas les moyens, tu ne peux pas décoller. Pour avoir du succès dans la musique, tu n’as pas besoin de talent. Il suffit d’avoir les moyens et d’avoir une bonne équipe autour de toi, tu fais du succès. Ce n’est pas aller en studio pour enregistrer qui est le problème, mais la stratégie de communication. C’est là tout le problème. Il faut que les gens s’investissent dans la musique et que les Burkinabè écoutent davantage la musique burkinabè. Par exemple quand tu as un million de vues sur YouTube, c’est payant. Mais tu envoies ton lien aux gens, à peine ils cliquent pour regarder.

FA : Et selon vous, qu’est-ce qui bloque les burkinabè à ce niveau ?

El : Je me dis que c’est l’ignorance. Il faut dire que la majeure partie des burkinabè sont des analphabètes. Les gens ne savent pas qu’on peut avoir une industrie musicale. Aussi, il y a des gens qui pensent que le meilleur vient d’ailleurs et pourtant ce n’est pas le cas. Nous ne valorisons pas assez ce qui vient de chez nous. Il y a des gens qui ont compris et qui le font mais cela manque toujours. Personnellement, je pense qu’on va y arriver avec l’évolution des choses. Tout près au Mali quand tu arrives, c’est là tu te rends compte que nous ici, nous-nous amusons.

FA : Parlons du coronavirus et de ses conséquences sur vos activités

El : C’est tellement énorme, les conséquences du covid-19. Avant même de parler de coronavirus, il y a le terrorisme qui nous a handicapés. C’est des choses qui nous empêchent de travailler et d’évoluer. Parlant du Covid-19, il a impacté tous les secteurs, surtout les acteurs culturels. On essaie de se relever doucement mais ce n’est pas facile.

FA : Un mot à l’endroit du ministère de la culture ?

El : C’est les inviter à redoubler d’efforts, à créer des situations confortables pour les artistes et leur permettre de travailler. J’implore l’Etat à s’investir dans la culture parce que franchement, c’est important. Je reconnais que l’Etat fait des efforts mais il le faut plus. J’ai envie de dire que ce n’est pas arrivé. Il faut essayer de rendre les choses encore plus faciles pour qu’on puisse avoir accès à certaines subventions et puis travailler. Par exemple, il n’y a pas assez de maisons de production au Burkina Faso. La majeure partie est dans l’autoproduction pourtant il y a des experts de la culture qui savent comment faire pour améliorer la situation.

FA : Quel est votre mot de la fin ?

El : C’est de dire merci à Dieu tout puissant et aussi merci à Faso-Actu.net pour l’invitation. Dire merci également à tous ceux qui nous suivent depuis le début, les mélomanes. Je demande aux fans burkinabè de continuer à nous soutenir et d’aimer nos pages. Ma page officielle, c’est Eldji Le Fils du Parolier. C’est pareil sur la chaine YouTube et Instagram. En cas de besoin, on a un numéro qui est là et c’est le 72-62-24-30 et le 64-35-48-48. La paix soit avec vous !

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