A l’heure où les fidèles chrétiens entament leur cheminement vers Pâques, le temps du Carême s’impose comme une halte spirituelle privilégiée. Entre jeûne, prière et partage, comment vivre pleinement ces quarante jours pour une transformation intérieure véritable ? Pour nous éclairer sur les enjeux de cette période de pénitence et de grâce, nous avons rencontré l’Abbé Tegawendé Hervé NASSA, vicaire à la paroisse Notre-Dame des Apôtres de la Patte d’Oie. Dans cet entretien, il revient sur le sens profond du « trépied » du Carême et nous prépare à vivre le sommet de la foi : la Semaine Sainte.
faso-actu : Veuillez vous présenter à nos lecteurs.
Abbé Hervé NASSA : Je suis Monsieur l’abbé Tegawendé Hervé NASSA, vicaire à la paroisse Notre-Dame des Apôtres de la Patte d’Oie, dans l’Archidiocèse de Ouagadougou.
faso-actu : Qu’est-ce qui confère au temps du Carême son caractère unique et sacré par rapport aux autres temps de l’année liturgique ?
Abbé Hervé NASSA : Le temps du Carême est un temps d’intense conversion qui fait référence, surtout, aux quarante jours que le Christ a passés au désert. On peut lire cela en Matthieu 4, 1-11. Le temps du Carême fait aussi référence, pour les catholiques, aux quarante années passées par le peuple d’Israël dans le désert. Ce temps est un moment de grâce que le Christ donne à ses fidèles pour revenir à l’essentiel.
Par rapport aux autres temps, on peut dire que c’est surtout un temps de pénitence et de préparation pour tous les chrétiens afin de renouveler les promesses de leur baptême à Pâques. C’est surtout un temps de dépouillement, de retour à l’essentiel et de sobriété par rapport au reste de l’année.
faso-actu : Au-delà de l’abstinence de nourriture, l’Église souligne souvent le « trépied » du Carême. Quels sont les piliers indispensables pour réussir cette période et en tirer tous les bénéfices spirituels ?
Abbé Hervé NASSA : L’Église s’inspire de l’Évangile selon Saint Matthieu. Le chapitre 6, versets 1 à 18, parle de trois « P » :
La Prière : On dit qu’un Carême sans prière serait une simple performance morale. La prière est ce qui nous relie à Dieu ; il est essentiel que durant le mois de Carême, les fidèles prient.
La Pénitence : On parle de jeûne de nourriture, mais pas seulement. Il s’agit aussi du jeûne de paroles blessantes et de tout ce qui peut nous empêcher de revenir à nous-mêmes. La pénitence vise à libérer et dégager le cœur.
Le Partage (Charité) : Il nous ouvre aux autres et permet d’être en relation avec autrui en soutenant les plus pauvres.
faso-actu : La marche du Carême culmine avec la Semaine Sainte. Pourriez-vous nous expliquer l’importance de ce sommet de la foi chrétienne et comment le fidèle doit se préparer intérieurement à célébrer la victoire du Christ sur la mort ?
Abbé Hervé NASSA : Le temps du Carême débouche sur la Semaine Sainte, qui est le sommet de l’année liturgique. C’est le moment qui nous introduit au cœur même du mystère de la foi chrétienne : la Passion, la Mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ. Saint Paul l’a d’ailleurs dit dans son épître aux Corinthiens (1 Co 15, 14) : « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ».
La Semaine Sainte commence avec le Dimanche des Rameaux et se déploie dans le Triduum Pascal qui débute le Jeudi Saint (institution de l’Eucharistie), se poursuit le Vendredi Saint (mort du Christ) et culmine lors de la Veillée Pascale et du Dimanche de la Résurrection.
Comment le chrétien doit-il se préparer ? D’abord en se confessant, car la pénitence consiste à reconnaître ses torts et demander pardon pour vivre dans la sainteté. Ensuite, en méditant la Passion du Christ à travers la lecture des Évangiles et en pardonnant véritablement et sincèrement. Enfin, en participant avec foi aux différentes célébrations que l’Église institue.
faso-actu : Une fois le temps de Pâques arrivé, l’esprit du Carême doit-il disparaître ? Dans quelles circonstances ou à quels moments la pratique du jeûne ou de l’abstinence reste-t-elle encouragée par l’Église ?
Abbé Hervé NASSA : Le temps du Carême est un temps de conversion intense, mais toute la vie du chrétien est une tension permanente vers la sainteté. Le Carême est une parenthèse ouverte pour intensifier les efforts, mais il ne met pas fin à l’effort quotidien. Le chrétien ne doit pas retomber dans ses travers ; ce n’est pas un cercle vicieux, mais une trajectoire. Le Carême est un tremplin : une fois que l’on est monté en spiritualité, on ne doit pas redescendre. Les efforts consentis doivent se poursuivre pour tendre vers la « stature de l’homme accompli ».
faso-actu : Votre mot de la fin ?
Abbé Hervé NASSA : Mon mot de la fin est de souhaiter un bon Carême à tous les fidèles chrétiens. Cette année, avec la belle coïncidence du jeûne de nos frères musulmans, nos prières monteront ensemble vers le Dieu trois fois Saint. Courage à chacun dans sa confession religieuse et à tous ceux qui entreprennent ce chemin de conversion. J’invite les fidèles catholiques à vivre avec foi tout ce que l’Église dispose pour eux : célébrations, chemins de croix, sacrement de réconciliation et charité. Bon Carême à tous, que le Seigneur nous bénisse !

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