Donsharp de Batoro, figure emblématique de la scène musicale burkinabè, s’est confié à Faso Actu ce mardi 26 mai 2026 à Ouagadougou. Entre bilan de carrière et perspectives sociétales, le « sculpteur du verbe » lève le voile sur sa philosophie de vie. Pour lui, la musique et l’art oratoire transcendent le simple divertissement : ils sont des vecteurs de galvanisation et de résilience pour la nation. Entretien avec un artisan de la conscience africaine.
1. Donsharp de Batoro, vous êtes un adepte du verbe et de la parole sculptée. Aujourd’hui, comment aimeriez-vous que l’on vous présente à ceux qui découvrent votre univers ?
Qu’on me présente comme un panafricaniste, comme un endogène, comme celui qui fait du verbe et qui a fait de l’art oratoire un symbole de résilience pour conscientiser, éduquer et montrer le chemin à travers des faits historiques.
Pour moi, tout est parole : la parole qui éveille, qui conscientise, qui galvanise les soldats sur les champs de bataille, qui motive la mère au foyer et pousse l’enfant à se surpasser pour faire plaisir à ses parents, mais aussi à lui-même et à sa nation.
2. Votre discographie est riche et profondément ancrée dans les réalités africaines. Si vous deviez définir le fil conducteur de vos œuvres, quel serait-il ?
Les réalités africaines constituent pour moi une source intarissable dans laquelle je m’abreuve au quotidien. En réalité, j’ai envie de donner raison à ceux qui disent : « Vanité des vanités, tout est vanité ». Il n’y a rien de nouveau ; même notre présent donne parfois l’impression d’avoir déjà été vécu.
Chez moi, tout part de la réalité africaine, puisque je suis Africain. C’est cette réalité que je connais le mieux, au regard des enseignements d’éminents professeurs et chercheurs comme Joseph Ki-Zerbo, des discours historiques de Thomas Sankara ou encore des prises de position inégalées de Patrice Lumumba.
Ces visionnaires et rêveurs panafricanistes nous enseignent que parler des réalités africaines, c’est parler du rassemblement des Noirs, mais aussi faire preuve d’humanisme.
Pour vous dire que les réalités africaines, qu’elles soient passées ou actuelles, intéressent profondément le parolier que je suis. Toute mon inspiration vient de là. C’est en cela que je me définis comme panafricaniste et que je me sens épanoui dans cet art que j’exerce sans jamais me fatiguer. Si cette réalité n’existait pas, peut-être que moi non plus je n’existerais pas. Nous ne faisons qu’un.
3. On parle beaucoup de votre projet « Wagali ». Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce concept et ce qu’il apporte de nouveau à votre direction artistique ?
Tout est parti d’une idée : le Burkina Faso est le seul pays d’Afrique de l’Ouest francophone à ne pas disposer d’une identité musicale urbaine propre. Cela est frustrant au regard de la dynamique actuelle.
Prenons l’exemple du Ghana : ils ont leur musique endogène et ont mis en place des mesures protectrices qui rendent l’accès à leur marché très difficile. Le Mali aussi possède une forte identité musicale.
Mon idée n’était pas de remettre en cause les genres musicaux traditionnels déjà existants. Ils sont identitaires : le warba, le denké-denké ou encore le djéka représentent chacun des communautés et des régions spécifiques.
La question était donc de créer une sonorité urbaine typiquement burkinabè, avec notre propre appellation, comme d’autres pays ont le coupé-décalé ou le zouglou. Nous aussi devons avoir quelque chose qui nous ressemble.
4. Dans vos récentes créations, vous abordez de front la question de la jeunesse et la crise des mœurs. Quel regard le parolier et l’éveilleur de consciences que vous êtes porte-t-il sur la jeunesse africaine d’aujourd’hui, face aux dérives des réseaux sociaux et de la modernité ?
Pour commencer, je dirais que vous êtes bien habillée, couverte de la tête aux pieds. Je ne demande pas à tout le monde de s’habiller ainsi, mais personnellement je vous félicite.
Aujourd’hui, la prolifération des stupéfiants est un sujet majeur. C’est un véritable fléau silencieux.
Dans pratiquement toutes nos écoles, on retrouve des produits prohibés jusque dans les sacs des élèves. Ces substances entraînent de lourdes conséquences dans les lieux de formation.
Je suis profondément écœuré de constater que l’avenir d’un pays, qui repose sur sa jeunesse, est compromis par une jeunesse qui détruit elle-même son cerveau tout en croyant pouvoir relever les défis de demain.
C’est parmi cette jeunesse que sortiront les futures autorités. Mais avec une jeunesse qui se détruit à petit feu, nous ne pourrons pas avancer. Nous avons des défis à relever et nous devons sensibiliser cette jeunesse pour un avenir meilleur.
5. Quelles sont les ambitions à long terme pour ce projet ? Comment comptez-vous le faire voyager et l’inscrire dans le temps dans les années à venir ?
Le projet est déjà lancé. La plateforme « Wagali TV » est disponible sur YouTube. Vingt-six chansons y sont déjà publiées et vingt-trois artistes ont participé au projet.
Ce qui existe aujourd’hui n’est pas la fin, mais plutôt le début. Nous avons besoin d’organiser des conférences de presse à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou afin d’assurer une meilleure promotion.
C’est donc l’occasion pour moi de lancer un appel au soutien autour du projet Wagali. Ce que l’artiste devait faire a déjà été fait ; il reste maintenant à accompagner le projet afin qu’il puisse aller très loin.
6. Vous êtes reconnu comme un artiste profondément engagé pour la cause panafricaine et la dignité du continent. Dans le contexte actuel du Burkina Faso, comment percevez-vous l’action et la vision du Président de la Transition, le Capitaine Ibrahim Traoré ?
Moi qui ai chanté plusieurs chansons engagées depuis 2011, voir aujourd’hui un chef d’État qui incarne toutes ces aspirations est quelque chose d’important.
Au niveau de la vision, des actions menées sur le terrain et de la projection qu’il porte pour le Burkina Faso et l’Afrique, je pense que c’est une bénédiction.
Tout ce que je peux faire pour accompagner cette vision, je le ferai, et c’est déjà ce que je suis en train de faire.
7. Nous arrivons au terme de cet entretien. Quel sera votre mot de fin ?
Que Dieu bénisse nos Forces de défense et de sécurité sur les théâtres des opérations. Que Dieu bénisse le Burkina Faso. Que Dieu bénisse le projet Wagali et lui permette de véritablement s’enraciner, grandir et offrir de l’ombre afin que nous puissions nous y reposer.

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