(OUAGADOUGOU, 20 février 2026)
Depuis le lundi 16 février 2026, les activités de la société de transport Aorèma et Frère (STAF) sont temporairement suspendues. Cette décision, émanant du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Mobilité, frappe l’ensemble des activités de transport routier de personnes de la compagnie.
La raison officielle invoquée par les autorités est le non-respect récurrent des prescriptions relatives au Code de la route et aux limitations de vitesse. En conséquence, tous les départs de la compagnie sont à l’arrêt jusqu’à nouvel ordre.
Cette suspension affecte non seulement la compagnie, mais aussi tout l’écosystème économique gravitant autour de ses gares. Ce matin (ndlr lundi 20 février 2026), une équipe de votre journal faso-actu s’est rendue à la gare STAF située dans le quartier Dassasgho de Ouagadougou pour constater l’ampleur de la situation.
D’ordinaire grouillante de monde, la gare est aujourd’hui méconnaissable. L’agitation habituelle bousculades de voyageurs, cris des commerçants ambulants, vrombissements des moteurs et klaxons de taxis a laissé place à un silence pesant. La salle d’attente est désespérément vide et les cars, immobiles depuis le 16 février, restent alignés sur le parking.
Si les guichets de voyage sont clos, seul le service de retrait de colis reste fonctionnel, géré par une employée chargée de la distribution du courrier. À l’entrée, un vigile en uniforme noir et jaune veille sur les lieux, tandis que quelques commerçants, le regard vide, tentent tant bien que mal d’écouler leurs marchandises auprès des rares passants.
Le cri du cœur des commerçants est unanime. Ounteni Yonli, vendeur à la gare, témoigne de sa détresse : « Depuis le 16 février, rien ne va plus. On tourne en rond toute la journée sans clients, alors que j’ai une famille à nourrir. Je suis venu m’installer ici pour fuir l’insécurité, et voilà que mon gagne-pain s’arrête. Avant, je gagnais au minimum 15 000 F CFA par jour, et jusqu’à 25 000 F CFA quand l’affluence était forte. Aujourd’hui, je ne gagne même pas 3 000 F CFA. Certains jours, atteindre 1 000 F CFA de vente est un exploit. Je demande pardon aux autorités pour qu’elles permettent la reprise, car c’est grâce à STAF que nous survivons. »
Même son de cloche chez une commerçante ayant requis l’anonymat. Pour elle, l’arrêt de la compagnie signifie l’arrêt de sa vie économique : « Je vis entièrement de l’activité de cette gare. Je suis obligée de venir chaque jour car j’ai des marchandises périssables qui risquent de se gâter. Nous souhaitons vraiment que la compagnie puisse reprendre ses fonctions rapidement. »
Il faut souligner que la compagnie a fait son mea culpa. À travers un communiqué officiel, la direction de STAF a promis de respecter strictement les règles encadrant le transport routier à l’avenir. Si cette mesure de suspension est jugée nécessaire par beaucoup pour imposer le respect de la sécurité routière, elle met néanmoins en lumière la dépendance de nombreuses familles vis-à-vis des géants du transport national.
Au-delà des pertes économiques sèches pour la compagnie et du désarroi des petits commerçants, cette suspension sonne comme un avertissement ferme du gouvernement. Dans un pays où la route endeuille trop souvent des familles, la « raison d’État » prime sur les intérêts commerciaux.
Fatimata Ouaré
Faouziatou Ouédraogo (Stagiaire)

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