La Société des gynécologues et obstétriciens du Burkina (SOGOB) a organisé une immersion au Centre hospitalier universitaire de Bogodogo ce vendredi 11 octobre 2024 à Ouagadougou, avec des journalistes et des influenceurs. L’objectif de la SOGOB est de faire découvrir aux participants les services sécurisés d’interruption de grossesse conforme à la loi, afin de les aider à mieux comprendre et soutenir les droits en santé sexuelle et reproductive. Cette activité s’inscrit dans le cadre de la commémoration différée de la Journée internationale de l’Interruption sécurisée de la grossesse selon la loi ( l’ISG/SL) commémorée chaque 28 septembre.
Axelle (nom d’emprunt) est couchée sur son lit d’hôpital. À huit mois de grossesse, l’échographie révèle un mauvais positionnement du bébé, qui est également atteint d’une maladie. En plus d’être non viable, le fœtus mettait en danger la santé d’Axelle. La seule solution était d’interrompre la grossesse en suivant les procédures légales, ce qui fut fait. « Je n’avais pas fait d’échographie assez tôt. J’avais très mal, alors j’ai décidé d’en faire une à huit mois de grossesse. Il m’a été dit que l’enfant n’allait pas bien, qu’il ne survivrait pas et qu’il mettait aussi ma vie en danger. J’ai accepté l’intervention parce que la douleur était insupportable. Aujourd’hui, je me sens très bien et libérée », a confié Axelle. De nombreuses femmes sont dans le cas d’Axelle, mais ne savent pas quoi faire. En effet, la loi autorise l’interruption de grossesse dans des cas bien précis : pour les femmes victimes de viol, celles ayant subi un inceste, et lorsque la vie de la mère est en danger ou que le fœtus est non viable.
Cependant, cette loi est peu connue du grand public. C’est ce qui justifie la pertinence de cette activité d’immersion au CHU Bogodogo. « Il s’agit de partager avec les journalistes le contenu de la loi pour améliorer la santé reproductive. Beaucoup d’hommes de médias ne connaissent pas cette loi ou ignorent comment elle s’applique sur le terrain », a déclaré le président de la SOGOB, le Pr Charlemagne Ouédraogo.
L’avortement clandestin représente la 4e cause directe de décès maternels au Burkina Faso. En 2020 et 2021, 113 000 avortements clandestins ont été enregistrés chaque année, selon Performance Monitoring for Action. Pourtant, l’avortement non sécurisé constitue un danger pour les femmes, alors que la loi burkinabè autorise l’interruption de grossesse dans des conditions bien définies. Mal informées, de nombreuses victimes d’inceste ou de viol recourent aux avortements clandestins, mettant leur vie en péril. C’est pour remédier à cette situation que la SOGOB mène des actions de sensibilisation sur l’interruption sécurisée de grossesse, conformément à la loi, afin de permettre aux femmes d’en bénéficier en toute sécurité.

Pr Charlemagne Ouédraogo, Président de la SOGOB
Cette immersion a offert aux journalistes l’opportunité de découvrir les différentes étapes de l’ISG/SL. Le circuit de prise en charge des patientes a été expliqué aux représentants des médias. Consultation externe, salle d’échographie, salle de planification familiale, salle d’aspiration manuelle intra-utérine et pharmacie hospitalière ont toutes été visitées. Tout est mis en œuvre pour que les interruptions sécurisées se déroulent dans des conditions optimales pour protéger les patientes.
« Nous ne sommes pas ici pour promouvoir l’avortement. Non ! Nous faisons la promotion des interruptions sécurisées de grossesse, conformément à la loi au Burkina Faso », a précisé le Pr Charlemagne Ouédraogo. Il a également expliqué qu’il existe deux méthodes pour interrompre une grossesse « à problème » de manière sécurisée : la méthode médicamenteuse et la méthode mécanique, en fonction du choix de la femme, lorsque celui-ci est possible. Cependant, dans certains cas, ce sont les spécialistes qui décident en fonction de l’évolution de la grossesse.
L’interruption volontaire de grossesse pour convenance personnelle est et reste interdite au Burkina Faso et est punie par la loi. Ici, il est question de l’interruption sécurisée de grossesse, encadrée par la législation, dont peuvent bénéficier les victimes de viol, d’inceste, ou lorsque la vie de la mère est en danger. Les journalistes et influenceurs ont salué cette initiative d’immersion, organisée par la SOGOB.
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