Lettre ouverte d’un citoyen à Newton Ahmed Barry (NAB)

 

Le Burkina Faso du Capitaine Thomas Sankara appartient à des kémites, à des chrétiens, à des musulmans, etc., de diverses ethnies…

Très cher frère NAB,

En tant que citoyen et en tant que votre frère de par le Burkina Faso qui est notre patrie commune, je me suis refusé à parler derrière votre dos, comme on le dit communément chez nous. C’est pourquoi votre jeune frère que je suis, Mohamed Zangbéwindé Tiendrébéogo, a décidé en ce jour (14/12/2022), de vous adresser cette lettre ouverte afin de vous faire part de ses opinions ainsi que de ses sentiments (qui, bien sûr, pourraient comporter des erreurs) par rapport à vos multiples prises de position, depuis l’époque du Premier Ministre militaire Isaac Zida. Sans avoir la prétention d’avoir lu tous vos écrits, je voudrais m’adresser à vous suivant essentiellement deux axes.

Les militaires ont aussi le droit d’exercer le pouvoir d’État…

Après vous avoir écouté et lu à maintes reprises, je retiens de vous que les militaires ne sont pas dignes de gouverner même transitoirement le Burkina Faso qui, pourtant, reste un héritage du Capitaine Thomas Sankara. Pour vous, un militaire serait juste bon  pour diriger des soldats dans une caserne, faire la guerre et serrer fermement les fesses devant un civil à qui il devrait se contenter de se soumettre, mais sans jamais pouvoir prétendre au pilotage de notre navire commun, le Burkina Faso. Pour moi, un tel raisonnement n’a de sens et de fondement que dans le fait que des nations sensées être des modèles de démocratie nous ont subtilement et pernicieusement imposé ce principe. Or, faut-il le rappeler, avant de décréter cela, d’abord chez eux et ensuite chez nous, ces Etats que nous tenons malheureusement à imiter ont bel et bien été gouvernés par des militaires après que ceux-ci aient été choisis par voie d’élections dites démocratiques. Je parie que si, dans leur format actuel de démocratie, il restait permis au militaire de se faire élire comme Président de la République, nous n’en serions pas aujourd’hui à exclure nos militaires de la possibilité de se présenter aux élections présidentielles.

Nos militaires sont-ils des sous-citoyens ? Évidemment, non ! Pourquoi ne disons-nous pas aussi que le médecin est dédié à l’hôpital, que le pharmacien est dédié à la pharmacie, que le magistrat est dédié au tribunal, que le journaliste est dédié à la presse, à la radio ou à la télévision et que, de ce fait, tous ces citoyens ne peuvent être candidats à la magistrature suprême ? Je ne prétends absolument pas c’est un Président militaire qu’il nous faut. Je ne prétends pas non plus qu’un militaire est forcément un bon Président. Je soutiens juste que, pour ne pas succomber aux velléités de recolonisation dont nous faisons sans cesse l’objet, il nous faut  nécessairement chercher à être gouvernés par un patriote exemplaire et intègre, comme le fut le militaire Capitaine Thomas Sankara, par ailleurs, l’un des meilleurs Présidents, sinon le meilleur Président, que notre pays ait connu à ce jour. En tout cas, je le pense !

J’insiste, en dehors de la présélection légale devant exiger l’intégrité et le patriotisme à tout candidat, il faut laisser à nos peuples le soin de sanctionner quiconque n’est pas jugé à la hauteur des ambitions de la majorité du peuple. Que l’on se comprenne, je ne prône pas les coups d’État militaires. De la même façon, je désavoue de tout coeur les tripatouillages constitutionnels qui, du reste, sont une autre forme de coup d’État, à la différence que ça se fait plus généralement avec la complicité du système international, tout comme d’ailleurs certains coups d’État militaires que ce même système fait subir, lorsque ses intérêts semblent menacés. En permettant les tripatouillages ou la mauvaise gouvernance, on impose aussi les coups d’Etat. Il faut un franc-jeu à tous les niveaux !

Attention aux stéréotypes négatifs …

Cher grand-frère NAB, pourquoi n’avez-vous pas titré votre publication du 06/12/2022 “Le Burkina n’est ni un État islamique ni un Royaume mossi” ? Dans cette publication au titré très osé, “Le Burkina n’est pas un État Islamique”, était-il indispensable d’indiquer l’appartenance, d’une part religieuse et d’autre part ethnique, de ceux-là qui soutiendraient le PF Ibrahim Traoré… ? Était-il judicieux, dans ladite publication, de faire usage d’autant de termes en rapport avec l’islam (État islamique, fatwa, talibés, etc.) ? En parlant d’État islamique, était-ce pour indiquer que ces personnes qui vous ont ainsi menacé l’ont fait parce qu’ils appartiennent à l’islam ou parce qu’ils entendent obliger tout le peuple à se soumettre dorénavant à la loi islamique (qui, d’ailleurs, s’oppose catégoriquement au meurtre d’innocents) ? En parlant de fatwa, était-ce pour sous-entendre que ces personnes ont agi sur incitation d’une certaine autorité islamique ? En parlant de théocratie avec des talibés, était-ce une manière de faire comprendre que ces mêmes personnes ont agi sur injonction ou en accord avec le PF Traoré qui serait alors leur maître coranique ?

Tout en condamnant fermement tout appel à la haine ou à la violence et en militant pour la critique mutuelle constructive dans le strict respect de la loi, je demeure convaincu que, contrairement à ce que vous imaginez peut-être, à travers une telle manière de dénoncer, vous ne fragilisez que très peu le Président de la transition actuelle, le Capitaine Ibrahim Traoré, comparativement à la nuisance que vous infligez (peut-être sans le savoir) au vivre-ensemble au Burkina Faso. Pour, légitimement, dénoncer un transgresseur de la loi, on a juste besoin de son identité, en plus de décrire en quoi a consisté le non-respect de la loi. Point besoin d’y ajouter son ethnie (mossi, peulh, etc.), sa religion (islamique, chrétienne, kémite, etc.), sa race (noire, blanche, etc.)… Tout simplement, parce qu’en le faisant, on en n’a peut-être pas conscience, mais insidueusement, on crée la méfiance, la stigmatisation et l’amalgame dans la plupart des esprits au sujet de la catégorie de personnes à laquelle on a rattaché celui qui a eu à violer la loi. De telles attitudes, naissent lentement mais profondément les stéréotypes négatifs du genre “Musulman = Tueur = Terroriste”, “Peulh = Terroriste”, “Mossi = Tueur”, etc. Cela peut également conduire à des prismes réducteurs et à de dangereux amalgames comme “Soutien de la transition dirigée par PF Traoré = Musulman”. Tout cela n’est évidemment qu’archi-faux, puisque s’il y a bien sûr des musulmans terroristes, l’écrasante majorité des musulmans ne sont ni terroristes, ni partisans du terrorisme. S’il y a évidemment des peulhs qui sont terroristes, l’écrasante majorité des peulhs ne sont ni terroristes ni complices du terrorisme.

De la même façon, s’il y a bien évidemment des musulmans, peu importe leur niveau d’instruction, qui soutiennent l’actuel PF Traoré, non seulement il y a aussi bien de musulmans qui ne le soutiennent pas, mais il y a aussi bien de non-musulmans qui le soutiennent. La preuve en est que, actuellement, son plus proche collaborateur au sommet de l’Etat est le Premier Ministre Kyélem de Tambèla qui, faut-il le rappeler, est non seulement un chrétien mais aussi un ancien séminariste. Bien d’autres ministres de son gouvernement sont indiscutablement chrétiens. L’un de ses ministres d’État est, me semble t-il, kémite puisqu’il revendique son attachement à la religion de nos ancêtres. Mais, au-delà de tout cela, au risque de me tromper, je me convaincs que quasiment personne ne soutient le PF Traoré du fait que celui-ci serait musulman. Et c’est logique qu’il en soit ainsi. Puisqu’il s’agit de diriger un pays laïc, le Burkina Faso, et non de diriger une mosquée ; l’essentiel est juste de partager avec ce jeune Président de transition des principes et des valeurs nobles telles que le patriotisme, le rejet de l’exploitation de l’Homme par l’Homme et la lutte contre la corruption qui assassine notre économie et nous livre à l’assujettissement, etc.  J’espère, du reste, qu’il travaille véritablement sur ces trois gros chantiers. Autrement, peu importe sa religion ou son statut de civil ou pas, je n’inviterai absolument personne à le soutenir et je me fais le devoir de ne point le soutenir non plus. Pour moi, seul le Burkina Faso doit gagner et, chacun de nous doit être tel que s’il faut qu’il soit enterré pour cela, alors qu’il en soit ainsi.

Honnêtement, je trouve qu’il est très destructeur pour notre vivre-ensemble que de participer à inculquer à nos populations un esprit de soutien basé sur l’appartenance ethnico-religieuse, dans ce Burkina Faso que nous aimons tous tant et qui est menacé de disparition du fait de la corruption généralisée et de la mauvaise gouvernance notoire qui s’observent depuis au moins trois décennies. J’estime que, sauf par inattention, il est inacceptable que nous nous inscrivions dans cette tendance qui consiste à créer ou à vulgariser des stéréotypes négatifs sur la base religieuse ou communautaire. Là où nous devons, par contre, nous investir pleinement c’est de bien expliquer, à tous, que les terroristes qui nous endeuillent, qui embrasent si souvent notre patrie, et qui prétendent faire tout ça au nom de la religion ; s’ils sont musulmans, alors ils ne sont que des ignorants de leur religion, des hérétiques ou tout simplement des hypocrites qui ne sont dans l’islam que pour pouvoir détruire ou faire détruire l’islam.

En définitive…

C’est simple ! Si quelqu’un, qu’il soit musulman ou pas, a fauté, qu’on l’arrête et qu’on le sanctionne conformément à la loi. S’il a agi sur injonctions d’un leader religieux, que les preuves soient faites et que ce religieux-là soit aussi arrêté et puni conformément à la loi. Mais, de grâce, méfions-nous des rumeurs malicieusement saupoudrées par certains médias dans l’intime intention de nous intoxiquer et de nous diviser (pour permettre de mieux régner sur nous). Nos differences (sur le plan professionnel, religieux ou ethnique) doivent constituer pour nous une richesse et une redoubtable force contre ceux qui veulent nous arracher aussi cyniquement notre patrie. Travaillons donc en bonne intelligence, main dans la main et arrêtons de nous laisser aller à ces stéréotypes négatifs, à ces prismes négativement réducteurs à ces amalgames détestablement porteurs de germes de guerre fratricide, inter-religieuse ou inter-ethnique. Ne dévalorisons injustement personne et gardons-nous de jeter l’anathéme sur une certaine communauté religieuse ou ethnique. Ça ne pourrait que mettre en péril notre vivre-ensemble déjà si durement fragilisé par ce terrorisme à forte coloration néocoloniale.

Fraternellement,

TMZ

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