NORBERT ZONGO nous parle du ” pardon”

Norbert Zongo, le Fondateur et Directeur de la publication de l’hebdomadaire L’Indépendant est mort assassiné le 13 décembre 1998. Le journalise avait une forte vision de toujours apprécier les choses à leur juste valeur et sans aucun détour. En ce sens que ses articles sont parfois poignants pour certains, car éveillent les consciences. En effet, l’un de ses articles nous évoque la notion du pardon.

“La Reine d’Angleterre a demandé pardon aux peuples colonisés par sa couronne à travers le monde entier. Le Chancelier allemand a reconnu les atrocités du nazisme vis-à-vis du peuple juif et lui a demandé pardon. L’Empereur du Japon, par la voix de son Premier ministre, vient de demander pardon aux pays asiatiques victime d’exactions nipponnes durant la deuxième guerre mondiale”.

Nous sommes obligés de constater que la France, deuxième puissance coloniale après l’Angleterre, n’a de pardon à demander à personne. Logiquement, pour demander pardon à autrui, il faut d’abord reconnaître l’avoir offensé. Ce qui n’est pas le cas de la France, venue “civiliser” les peuples africains. Elle se juge innocente. Aujourd’hui, elle les “aide”.

Logiquement, pour reconnaître une faute, il faut avoir fini de la commettre. Or, que constatons-nous ? Sur notre planète terre, les colonies françaises sont les derniers pays du monde sur le plan du développement. Et quand on observe leur avenir, il est regrettable de constater qu’après trente- cinq ans d’indépendance pour la plupart, c’est maintenant qu’ils en parlent. Sans conviction. La France est plus que présente dans ses colonies africaines. Il n’y a pas de pardon à demander. Le pire se poursuit.

Le “francophone” lui-même, par rapport à bien d’autres, se définit comme un insouciant, un “viveur”, un théoricien du vent, incapable de se battre. Et, par dessus tout, à l’instar de son maître colonial, il rumine une vague et nébuleuse suprématie sur tout ce qui sort du cadre francophone. Il se juge supérieur. Ses déroutes économiques, son retard en matière d’éducation, sans oublier les frasques de ses petits rois nègres couronnés à Paris, gonflés à bloc comme des baudruches… rien ne peut faire mesurer au “francophone” les dimensions réelles de son être. Il est incapable de se juger, il déteste qu’on le juge. Pire, il adore juger autrui sans pardon.

Certes, tous ces défauts ne sont pas seulement propres aux francophones. Et s’ils sont plus développés chez les francophones, ce n’est point la faute de la seule France. Même si sa colonisation y a largement contribué.

Le pire est aussi ailleurs : la France coloniale et néocoloniale a distillé dans les veines des pouvoirs politiques africains et de la plupart de leurs hommes cet orgueil béat, cette suffisance idiote qui les empêchent de reconnaître leurs fautes. (…) Parce que, pour se faire pardonner, il faut d’abord reconnaître qu’il y a eu faute. Ensuite, il faut vouloir ne plus en faire. Ce qui n’est pas le cas au Burkina. Nous nous prélassons dans les erreurs. Nous sommes même fiers d’en avoir fait, nous sommes trop grands et trop fiers pour reconnaître une erreur. Un grand ne demande pas pardon.

En examinant l’échiquier politique burkinabè, on peut s’interroger sur le nombre de ceux qui osent dire, “Je me suis trompé”.

Combien peuvent suivre l’exemple de Julius Nyéréré ou de Jomo Kenyatta qui ont osé affirmer à la face de leur peuple : “J’ai fait des erreurs politiques et économiques, Les conséquences ont été telles” ? Qui peut se comparer surtout à Julius Nyéréré dont les bilans de fin d’année consistaient à étaler ce qui aurait dû être fait et qui ne l’était pas. Parce que, disait-il, ce qui est fait se voit déjà.

Il y a sans doute une culture du pardon à promouvoir dans notre pays. Savoir reconnaître ses tares et ses insuffisances est la première voie du pardon. Deux mots essentiels guident la vie de l’honnête Homme : pardon et merci. Du premier naît le second. Qui ne sait jamais dire pardon ne sait jamais vivre. Il en est ainsi des peuples et des individus.”

L’Indépendant n°107 du 22 août 1995

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