En Birmanie, l’enfer des enfants esclaves, battues et brûlées

In this picture taken on September 20, 2016 San Kay Khine, a 17-year-old Myanmar child slave shows her scarred arms and twisted fingers whilst recovering in her family’s village in Baw Lone Kwin, Kawmu township located outside Yangon. San Kay Khine stares at her burnt, scarred hands, her twisted fingers a reminder of her years as a child slave in Myanmar, one of thousands of young domestic workers feared to be at risk of exploitation and abuse. The pair are among tens of thousands of children from poor rural areas sent to work as domestic helpers for the country's growing pool of wealthier, urban middle-class households. / AFP PHOTO / YE AUNG THU

Brûlures, cicatrices, doigts déformés… San Kay Khine ne cesse de regarder ses mains meurtries, qui sont un constant rappel des années qu’elle vient de passer comme enfant esclave auprès d’un tailleur à Rangoun, la capitale économique birmane.

L’adolescente de 17 ans est revenue chez elle il y a seulement quelques jours après cinq années d’enfer: en compagnie d’une autre jeune fille de son village, elles ont été exploitées, battues, à peine nourries, non payées et autorisées à dormir seulement quelques heures par nuit.

Fausses promesses

Attirés par des promesses d’emplois en ville permettant de subvenir aux besoins de toute la famille, beaucoup d’enfants et de jeunes birmans se retrouvent piégés et réduits en esclavage. Selon le dernier recensement réalisé en 2014, un enfant sur 5 entre 10 et 17 ans travaille dans le pays – soit 1,7 million de personnes.

D’après la société d’analyse Verisk Maplecroft, la Birmanie se situerait en termes de travail des enfants juste devant l’Inde et le Liberia, à la 7e plus mauvaise place. « J’ai une cicatrice là où l’on a posé un fer sur ma jambe et aussi une cicatrice sur la tête », raconte sa compagne d’infortune Tha Zin, de retour dans son village natal à quelques heures de route à l’ouest de Rangoun. « J’ai été blessée à coup de couteau car ma cuisine n’était pas satisfaisante », explique-telle, montrant une marque sur son nez.

C’est au départ un ami du village qui les avait emmenées à Rangoun, leur promettant un bon emploi. Pendant des années, leurs familles ont cherché à les sortir de là. C’est finalement après l’enquête d’un journaliste local qui a alerté la commission nationale des droits de l’homme qu’elles ont été libérées.

Les parents de San Kay Khaing et Tha Zin n’ont obtenu tout au long des années aucune aide de la police. Ils disent avoir touché 4.000 dollars en compensation de la part de la famille du tailleur. Ces derniers jours, trois personnes de cette famille ont été arrêtées et inculpées pour traite d’êtres humains.

« Les plus vulnérables »

Pour l’instant, San Kay Khine semble trop traumatisée pour parler de ce qui lui est arrivé, et parvient tout juste à chuchoter qu’elle veut simplement rester chez elle. Nyo Nyo Win, sa mère est de son côté très inquiète de possibles représailles. « J’ai vraiment peur, je n’arrive ni à dormir ni à manger », dit-elle devant la petite hutte faite de bambou et de chaume où elle vit avec ses trois autres enfants. « Ils lui ont dit de ne jamais revenir et ont dit qu’ils allaient l’accuser de vol et l’envoyer en prison », ajoute-t-elle.

La lutte contre le travail des enfants est un défi majeur pour le nouveau gouvernement démocratiquement élu emmené par l’ex-dissidente et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui cherche à réformer le pays après un demi-siècle de domination militaire.

La plupart des enfants qui travaillent en Birmanie sont issus des zones les plus reculées de ce pays encore très rural ou bien des régions frontalières en proie à des conflits. Beaucoup travaillent dans les cafés de Rangoun ou sur le bord des routes à vendre des babioles.

Ils constituent aussi une partie des ouvriers des usines et des milliers sont employés de maison derrière des portes closes. Ces derniers sont « les plus vulnérables des enfants qui travaillent car ils sont complètement dans l’ombre », estime Aung Myo Min, directeur exécutif de Equality Myanmar, une ONG locale qui aide ces jeunes. « Les propriétaires préfèrent avoir des jeunes qu’ils pourront contrôler », ajoute-t-il. « Beaucoup d’enfants vivent dans la peur, se dévalorisent. Ils ont perdu leur enfance et ils ne peuvent pas la récupérer. »

AFP

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